mercredi 20 juin 2007

"Adultères" par Alice Granger


Dans ce nouveau livre, de même que dans les précédents et dans sa pratique de pédiatre qu’il a inventée en écoutant les symptômes des enfants aussi bien de la place du médecin que du point de vue de l’inconscient et de la psychanalyse d’où ce rôle de « débroussailleur » qu’il se plaît à se donner, il fait un « bien étrange travail », qui « repose sur une adhésion sans réserve à la Loi de l’espèce », c’est-à-dire la Loi de l’interdit de l’inceste. Ce qui devient de plus en plus rare dans une société à dominante perverse, où les mères, croyant qu’être bonne mère c’est de faire que rien ne manque à leur enfant (ce qui profite tellement à la société de consommation qui peut si bien formater et programmer les comportements et habitudes pour les meilleurs profits économiques), ce « rien ne manque » correspondant justement à l’étymologie du mot « inceste » rappelée par Aldo Naouri, sont de plus en plus incestueuses ( en latin, un enfant « qui ne manque de rien » est dit « incestus »). Par exemple, dans « l’écrasante majorité des filles d’aujourd’hui », il y a « la mainmise de sa mère sur elle ». Alors que, depuis toujours, « il est plus difficile à une fille qu’à un fils de distendre le lien qui la lie à sa mère ».
Les adultères et les fracas qui en résultent, de même que les symptômes, ceux des enfants, ceux des mères, ceux des pères, ceux des femmes, ceux des hommes, invitent toujours à orienter l’écoute vers le repérage du « point où dans son histoire a pu intervenir une contravention à la Loi ». Lorsque, dans un couple, un homme, ou une femme, prennent un autre embranchement, commettent l’adultère, il s’agit toujours d’une voie régressive, d’un retour à la mère, comme si, d’après la métaphore utilisée par Aldo Naouri, des parties du circuit électrique pour la pulsion n’avaient jamais été déconnectées alors qu’elles auraient dû l’être, de sorte que demeure la possibilité de revenir en arrière, par exemple à l’infini pour un « homme à femmes » qui, avec chacune d’elles, vérifie qu’il peut retrouver sa mère. Dans une sorte de confusion des générations. Alors que la Loi au contraire inscrit la différence des générations, fait prendre conscience de la vectorisation d’un temps.
Par son livre, Aldo Naouri veut nous faire entendre, notamment en nous parlant de cas précis, comme il sait si bien le faire, car il a toujours su si bien écouter, que nous sommes malgré toutes les avancées techniques de notre société encore englués dans une régressive, archaïque, façon de faire, nous ne sommes pas dégagés de ça, bien au contraire.
Livre sur les « Adultères », mais qui, une fois de plus, parlent des enfants, car évidemment ces adultères sont déterminés par l’enfance, par les histoires respectives, par la façon dont les deux protagonistes du couple se sont ou non séparés de leur mère et de leur période œdipienne.
Aldo Naouri scrute donc, dans les histoires qu’il aime tant recueillir, détails après détails, la contravention à la Loi d’interdit de l’inceste. Il constate le malmenage presque systématique et de plus en plus de cette Loi, il se demande pourquoi elle est aussi fragile. Sa réponse est : « C’est la relation de toute mère à son enfant » . Une relation « qui prête le flanc...à une dérive incestueuse ». Y a-t-il en effet encore des mères qui ne rêve pas que son enfant ne manque de rien ? Cette préoccupation, écrit Aldo Naouri, est indispensable à l’enfant dans les premières semaines de la vie, mais elle est nuisible assez vite aussi bien à cet enfant qu’au couple parental. « J’ai passé mon temps à tenter de tempérer la passion que les parents développent pour un enfant surinvesti parce que fait, aujourd’hui, quand ils le veulent et avec qui ils veulent. ». A propos du père, stupide est la « promotion de sa version mère bis. »
Si Aldo Naouri, dans ce livre sur les adultères, parle aussi tellement des enfants, c’est parce qu’il voit à long terme, et non pas à court terme. La raison des adultères se trouve dans cette enfance. Et « La plupart des parents font aujourd’hui des enfants pour le plaisir narcissique qu’ils escomptent en tirer. » Les adultères cherchent à faire taire la dimension adulte de l’existence. Dans cette dimension adulte, la fidélité, qui exige une construction de chaque jour dans la conscience de l’impossibilité du retour en arrière et l’admission de l’autre dans l’ouverture d’une sorte de sevrage, reste encore à raconter, comme si soudain l’unique possibilité de retrouvailles avec quelque chose d’irrenonçable était portée et apportée par l’autre reconnu pour la vie depuis l’infini du passé. Il n’y a pas d’autre possibilité que celle-là, certitude qu’il n’y en a pas d’autre, aussi bien dans les mariages arrangés d’autrefois que dans les mariages d’inclinaison d’aujourd’hui, pareil, c’est avec cet autre que je vais retrouver, dans la sensation de cet autre. Et ça, ce n’est pas si facile, ce n’est pas facile d’avoir cette sensation de l’autre, de sortir des sensations qui ont cherché à saturer notre corps et surtout notre tête.
Dans ce livre sur les adultères, la place de la mère est centrale. La mère incestueuse. Donc la mère qui veut que rien ne manque à son enfant. Aldo Naouri écrit : « aucune mère ne peut spontanément mettre un frein à sa propension » incestueuse. C’est une assertion qui, d’après moi, exige un développement, dans la mesure même où elle semble trop aller de soi...Il y aurait cette instance qui, c’est plus fort qu’elle, ne peut faire autrement que tisser de l’utérus virtuel autour de son enfant, qui ne penserait qu’à ça, avec passion, faisant du coup très peur à son enfant, peur de son pouvoir de tout lui retirer puisqu’elle a celui de tout lui donner, ceci pour le garçon comme pour la fille, ensuite ce garçon va entreprendre de séduire sa mère pour être sûr qu’elle va le garder, il sera son phallus, donc il aura moins peur d’elle, qu’elle puisse ne plus l’aimer, et la fille finira, dans sa stratégie, par se tourner vers le père, elle va le séduire, mais ce faisant elle aura de nouveau peur de sa mère à laquelle elle tente de prendre son homme. Le garçon séduisant sa mère va avoir peur d’être castré par son père. La fille séduisant son père va avoir peur que sa mère...ne l’aime plus parce qu’elle s’est posée en rivale auprès du père. Temps de latence, puis, à l’adolescence, violents chamboulements, où le garçon va espérer la rencontre d’une fille qui ressemblera à sa mère : donc dans l’affaire cette mère, comme « première », reste intacte, la fille sera « deuxième » ! La fille, s’identifiant à sa mère, va espérer la rencontre d’un garçon qui ressemblera à son père, et ainsi elle va pouvoir s’emboîter dans la mère comme les poupées russes, de générations en générations. Dans cet enchaînement logique, rappelé par Aldo Naouri, vraiment l’instance maternelle reste centrale ! Jamais attaquée ! Jamais vouée...à l’apoptose ! Un postulat, il semble : jamais une fille, finalement, n’échappe à la mère. Elle y revient toujours. Et dans l’adultère, n’y aurait-il pas ça qui cloche, en fin de compte ? Si une fille, dans le système d’emboîtement comme des poupées russes, finit toujours par revenir dans sa mère...à elle, comme si elle devait toujours encore et encore finir sa gestation, alors comment peut-elle vraiment se présenter à un homme comme lui signifiant le sevrage d’avec sa mère à lui ? Cet homme, on imagine que, constatant que cette femme retourne à sa mère, spécialement lorsqu’elle commence l’aventure de la maternité, pour que celle-ci lui enseigne comment bien faire, alibi pour l’avoir à nouveau en elle, il va lui-même revenir vers sa propre mère à travers des adultères, et viceversa, chacun des protagonistes n’en finissant pas d’être enfermé dans sa propre histoire, dans sa propre...matrice se tissant sur plusieurs générations.
Donc, j’insiste sur ce dire d’Aldo Naouri : aucune mère ne peut mettre un frein spontanément à sa propension incestueuse. Après l’exploit d’avoir donné la vie « à un être qui a fait d’elle, en toute innocence, le centre de son monde », elle ne va pas reculer devant « un tel privilège ». « Elle dispose à portée d’elle de l’être qui va pouvoir enfin, dans le statut nouveau auquel elle accède, demeurer infiniment attaché à elle, la consoler, compenser ses frustrations, la venger de toutes les humiliations et l’installer dans la puissance qui lui avait été refusée jusque-là...on retrouve...la notion de phallus...elle va tisser autour de lui, comme un véritable fourreau, un utérus virtuel extensible à l’infini dans lequel elle va l’enfermer sa vie durant. » Bien. Voici UNE femme qui devient mère, qui, au cours de la gestation, transmet UNE histoire à son fœtus, et lorsque l’enfant naît, pour la première fois il ouvre les yeux, et par la vue il reconnaît sa mère qu’il connaît déjà si bien dans les sensations intra-matricielles. Donc, après la naissance, ça continuerait...comme si cette mère avait toujours à sa disposition cette matrice, à mettre tout autour de son enfant né, ceci pour toute sa vie, et quelle puissance pour cette mère, non ? Mais enfin, d’où la tire-t-elle, cette matrice, cette mère ? La matrice, à la naissance, elle se décompose. Sa destruction avait été programmée. Tout ce qui entourait l’embryon puis le fœtus, ce placenta véritable tricotage de deux parties hétérogènes, se décolle et se détruit lorsque le fruit, l’enfant, est tiré de là. C’est incroyable de continuer, pourtant, de parler d’utérus virtuel, de matrice, comme si, nulle part, n’était inscrit cet événement de la destruction placentaire, de la mort de ce tissu spécial en lequel la mère s’incarnait totale ! Cela, c’est bizarre ! Qu’aucune femme, une fois son enfant sorti encore plus de cette matrice que d’elle, n’ait une conscience aiguë et définitive que c’est décomposé, que, finalement, elle n’était pas propriétaire pour l’éternité de cette matrice au pouvoir total, et à la naissance elle ne l’a plus. Cela, ce n’est pas raconté. Au lieu de cela, Aldo Naouri parle de la rétivité des femmes à la Loi. Curieux... Et puis, aussi, le mutisme des femmes. On n’arrive jamais à savoir...Leur jouissance... C’est très mystérieux. Lacan les suppliait, pour qu’elles en disent plus. En vain...

Gladiator, Le Grand retour du Peplum




L’Empire Romain ressuscité par un créateur d’univers


C’est par la publicité, puis la télévision, que Ridley Scott débute sa carrière de réalisateur. Son premier long-métrage, « Les duellistes », une épopée en costumes dans la veine de « Barry Lyndon », le place immédiatement parmi les cinéastes les plus prometteurs des années 70. Grand admirateur de Stanley Kubrick, Ridley Scott ne cache pas une fascination pour « 2001, l’odyssée de l’espace », pourtant il avoue n’avoir que très peu d’intérêt pour le cinéma de science fiction, considérant qu’il vaut mieux ignorer le genre à moins de lui donner le réalisme nécessaire à sa crédibilité, et ambitionne plutôt d’assouvir ses ambitions visuelles dans une transposition opera-rock-fantasy de « Tristan et Iseult ».
Mais, la sortie de « Star Wars », en 1977, va remettre en cause ses certitudes. En effet, si George Lucas, avec « La guerre des étoiles », lui ouvre les yeux, ainsi qu’à l’industrie cinématographique, sur le potentiel du genre, il coupe également l’herbe sous le pied de son grand opéra cosmique. Du coup, il se plonge dans un script de Dan O’Bannon. Encore débutant dans les sphères de l’industrie cinématographique, Scott bataille ferme pour obtenir Moebius (décors et costumes) et Giger (la créature), en tant que designer de son film, et imposer sa vision du film d’horreur de l’espace. « Alien » rencontre un tel succès que dorénavant les portes de Hollywood lui sont largement ouvertes. Le producteur Dino De Laurentiis lui offre alors une opportunité d’envergure, réaliser l’adaptation de « Dune », le célèbre roman de Frank Herbert. Mais troublé par le récent décès de son frère Frank et l’ampleur du projet, Ridley préfère passer la main. Il se penche alors sur le script de « Dangerous Days », un projet d’adaptation du roman « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques », d’un autre grand auteur de science fiction, Philip Kindred Dick. « Blade Runner » va connaître une genèse difficile, dépassements de délais, dépassements de budget et désaccords artistiques avec la production, pour se solder par un échec commercial cuisant lors de sa sortie en salle. (échec temporaire, puisque ce véritable chef d’œuvre visuel acquérra, par la suite, le statut de référence cinématographique du courant cyberpunk et le rang de film culte). Déstabilisé, Ridley Scott va revenir à son premier métier, la publicité (dont celle d’Apple inspiré du « 1984 » d’Orwell), et se refaire une santé, artistique et financière. Toujours obnubilé par « Tristan et Iseult », il va entreprendre une variation Fantasy, saupoudrée du « Songe d’une nuit d’été » et de « La Belle et la Bête », à destination du public familial. Trop maniéré, manichéen et surfait, « Legend » va connaître un nouvel échec commercial. Délaissant, pendant près de 15 ans, l’imagerie fantastique et le cinéma grand spectacle (excepté sa collaboration familiale avec Tony et Jack, respectivement son frère et son fils, sur la série adaptée du film de Tony, « Les prédateurs »), Ridley Scott va enchaîner des films de factures plus classiques qui, à l’exception de « Thelma et Louise », ne laisseront pas un souvenir impérissable.
Mais ces indéniables qualités de créateur d’univers et de virtuose de l’image ne sont pas tombées dans l’oubli. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les producteurs Walter F.Parkes (« Men in black », « Deep impact », « Small sodlier », « A.I. ») et Douglas Wick (« Wolf », « The Craft », « Stuart Little », « Hollow man »), une reproduction d’un tableau de Gérôme, intitulé « Le pouce vers le bas », sous le bras, lui font part de leur intention de produire un grand péplum. « Cette image captait admirablement la gloire et la perversité de l’Empire Romain. Elle m’a littéralement envoûté. Mes rêves de gosses et mes premières sensations de réalisateur ont soudainement ressurgit à ma mémoire. Evidemment, j’ai rapidement évalué l’ampleur d’un tel projet. Mais, je ne pouvais cette fois le refuser. Il y a pas mal de temps, pour des raisons personnelles j’ai renoncé à la réalisation de « Dune ». Un film dont les caractéristiques générales étaient assez proches de celui-ci. Je ne pouvais pas laisser échapper une seconde opportunité de fonder un Empire. D’autant que celui-ci a vraiment existé, et qu’en son sein ont été fomentés les manœuvres guerrières, philosophiques, religieuses et politiques les plus intrigantes de l’histoire de l’humanité », commente Ridley Scott. Pourtant, contre toute attente, l’annonce prometteuse de ce projet va recevoir un accueil mitigé, et soulever une vague de critiques acerbes, allant jusqu’à prophétiser, au réalisateur anglais, l’engloutissement de ses ambitions mégalomaniaques sous les ruines de l’architecture romaine reconstituée pour ce film. Le malaise s’amplifie lorsque, début 1999, Ridley Scott dévoile le nom de Russell Crowe, loin de faire l’unanimité à l’époque, pour incarner le rôle titre (ou presque) : Pas de tête d’affiche et un quasi inconnu pour interpréter le personnage central ! Ridley Scott voudrait-il nous faire prendre sa vessie pour un trident, fut-il de Rétiaire ?
Quelque peu agacé, Scott choisit d’adopter une tout autre attitude. La presse ayant décidé de descendre jusqu’à l’intention de son projet, il choisit de rompre les relations « diplomatiques » et, tel un George Lucas, complotant sur un épisode de sa saga spatiale, décide de travailler dans le plus grand secret.
Toujours est-il que cette politique de communication va porter ses fruits et lorsque la presse US prend connaissance de l’implication de Hans Zimmer (« Thelma et Louise », « Le prince d’Egypte ») pour la musique, et l’arrivée sur les plateaux de Gladiator de comédiens chevronnés comme Richard Harris, Oliver Reed, Derek Jacobi ou encore David Hemming, et de valeurs montantes, quoi que déjà très sures, de l’acabit de Connie Nielsen et Joaquin Phoenix, elle va commencer à changer son fusil d’épaule et lui faire les yeux doux. Trop tard. Tout au long de la production, le réalisateur anglais va continuer à distiller les informations au compte goutte et entretenir le mystère, allant même jusqu’à organiser la fouille des affaires des figurants et confisquer caméras et appareils photos.
Ce n’est qu’en juillet 1999, alors que le tournage touche à sa fin, que John Logan (« Bats », « Startrek X ») et David H. Franzoni (« Amistad ») dévoilent enfin leur scénario. L’objectif de Gladiator étant clairement de faire revivre le fastueux genre populaire d’inspiration historique à vocation spectaculaire du péplum, le script installe l’intrigue à une période charnière de l’histoire de l’Empire Romain, connaissant l’apothéose en fin de règne de Marc Aurèle (Empereur sage, parvenu à instaurer la paix dans un Empire consolidé, auteur de divers traités philosophiques dont « Les Pensées »), mais qui, sous l’influence néfaste de celui de son fils, Comode (qui nourrissait une passion obsessionnelle pour les jeux du cirque et que l’histoire, à l’instar de Néron ou de Caligula, rangera au rayon des Empereurs fous) s’engagera sur les voies de son déclin.
Mais, plutôt que de coller aux faits historiques, les scénaristes préfèrent s’inspirer de la trame, nettement plus tragique, mise en place dans « La chute de l’Empire Romain » (Anthony Mann - 1964).
Alors que le vrai Marc Aurèle succomba à la peste en 180 après JC, celui de Gladiator est assassiné par Commode (alors qu’il était empoisonné dans le film de Mann par les membres du conseil de Commode, mais à l’insu de ce dernier). Quant à Commode, son règne s’étale sur 16 longues années, durant lesquelles il va se livrer à de sanguinaires extravagances, et non pas à quelques mois comme les deux films pourraient le laisser penser.
S’il existe d’évidentes similitudes entre les deux films, « Gladiator » n’est en rien un simple remake de « La chute de l’Empire Romain ». Comme l’indique clairement son titre, son objectif est avant tout de faire renaître à l’écran l’imagerie du péplum, dont gladiateurs et jeux du cirque sont indissociables.
Qu’à cela ne tienne, le général Livius du film d’Anthony Mann devient le général Maximus Decimus Meridius et son existence va connaître un tout autre destin. En effet, ce général en chef des armées romaines, récent vainqueur de la campagne contre les barbares germains et successeur désiré par Marc Aurèle, va assister, après la mort de l’Empereur, à sa propre déchéance. Condamné à être exécuté par Commode, il parvient à s’enfuir et, malgré ses blessures, à rejoindre ses terres, en Espagne, mais le spectacle de mort et de désolation qu’il découvre, sa femme et son fils crucifiés et brûlés, le plonge dans l’horreur et le désespoir. Récupéré à moitié mort par un marchand d’esclave, il échoue dans la province romaine de Zucchabar où Proximo, propriétaire d’une école de Gladiateur, en fait l’acquisition. Rapidement, il comprend que pour survivre, il va devoir continuer à faire ce qu’il a toujours fait, c’est à dire combattre, bien que cette fois-ci les terrains de ses exploits ne sont plus les glorieux champs de batailles, mais le sable imprégné de sang qui tapisse les arènes de l’Empire. Alors que Commode, revenu à Rome, s’oppose au sénat et au retour de la république en usant de la politique « du pain et des jeux » pour manipuler la plèbe, Maximus de son côté, ayant déjà compris que le chemin des arènes peut également mener à Rome, ou du moins, à son Colisée, travaille sa popularité de Gladiateur, sous le pseudonyme de « L’Espagnol ». Bien entendu, Maximus, archétype du héros armé du bras de la vengeance, va parvenir à relever les défis de plus en plus ardus qui vont se présenter à lui dans l’arène et permettre à Ridley Scott de nous faire revivre, mais en plus fort, des émotions déjà vécues avec « Spartacus » (Stanley Kubrick, 1960) ou encore « Ben-Hur » (William Wyler, 1959). Le triomphe de sa première prestation au Colisée, dans une scène d’anthologie où, avec une quinzaines de gladiateurs, il est jeté en pâtures à des équipages de chars surarmés, sous prétexte de reconstituer la bataille de la seconde chute de Carthage, lui permet d’obtenir un premier face à face avec Commode. Mais, si les circonstances ne se prêtent pas à l’action, Maximus n’en défie pas moins l’Empereur en dévoilant qui se cache derrière l’identité de l’Espagnol : « Maximus Decimus Meridius, Commandant en Chef des Armées du Nord, Général des Légions Phénix, fidèle serviteur du vrai Empereur Marc Aurèle, père d’un fils assassiné, époux d’un femme assassiné, mais j’aurais vengeance dans cette vie ou dans l’autre ». Dès lors, coincé entre son identité de général romain rebelle, soutenu par une partie de la légion (Livius), et celle de gladiateur dont la renommée échappe aux organisateurs des jeux (Spartacus), Maximus apparaît comme une véritable menace, sinon pour la sécurité de Rome, au moins pour son Empereur. Les sénateurs ne s’y trompent pas et voient, dans ce personnage au centre des préoccupations romaines, le moyen de piéger Commode à son propre piège, comme l’explique le réalisateur : « Les jeux du cirque et les spectacles de masse ont très souvent servi d’instruments au pouvoir. Les tyrans apaisaient le peuple en lui offrant de terribles et sanglants combats de gladiateurs. Notre récit postule qu’un héros acquiert une telle notoriété dans l’arène qu’il devient le champion de la population et se dresse contre la dictature. Par le biais de cette métaphore héroïque, il m’a semblé judicieux, à l’aube du 3ème millénaire d’évoquer la gloire, puis le déclin, de la plus grande puissance militaire et politique de notre histoire ». Quant au choix de Russell Crowe pour incarner ce héros, il ajoute « Russell est de la nouvelle génération. Il a le vent en poupe. D’autres acteurs auraient pu être Maximus, mais souvent c’est un rôle qu’ils ont déjà interprété sous une forme ou une autre, ou alors ce sont des gens qui ont les dents trop longues, ou qui sont devenus trop mous. »
Pour mettre en image cette grande fresque d’inspiration historique, Ridley Scott va balader son équipe des bois du Surrey en Angleterre - pour le tournage de la bataille opposant les légions romaines aux barbares germains - en passant par le Maroc - servant de cadre à l’école de gladiateurs de Proximo - et finir sur l’île de Malte pour y installer sa reconstitution de la cité de Rome. Non seulement Malte est une ancienne colonie romaine, mais le réalisateur y a repéré une ancienne garnison de l’armée anglaise, ayant servi durant les conflits avec Napoléon au début du 19ème siècle. Bien qu’abandonnées aujourd’hui, ses infrastructures sont toujours en place et seraient idéales pour accueillir les gigantesques plateaux nécessaires au tournage, crédibilisé les décors et offrir une véritable ambiance à l’équipe, comme le confirme Russell Crowe : « Tous ces décors, ces colonnes... tout ça n’était pas là il y a deux mois. Vous savez quand on est acteur de nos jours, on doit travailler avec des tas de choses, comme les écrans bleus, la vistavision .... Et on doit réagir à des choses que l’on ne voit pas. Alors, quand on a l’occasion de tourner et que tout est réellement autour de vous, que tout est vrai et que géographiquement l’endroit vous confirme que vous êtes dans le vrai, votre travail devient beaucoup plus pratique. » En effet, si le film sacrifie la rigueur historique au souffle épique du propos, il ne mégote pas sur la recherche d’authenticité et l’on ne peut que constater l’incroyable travail de mystification réalisé pour recréer la cité antique et faire revivre ses habitants. « Bien que mon objectif se résume au mot authenticité, je n’avais nullement l’intention de réaliser un documentaire. Je tenais à restituer l’esprit de l’époque et à me servir d’éléments réels pour supporter mon allégorie. Pour y parvenir, j’ai été aidé par une excellente équipe, qui a accompli une œuvre monumentale, afin que la puissance et la décadence romaine suintent à l’écran jusqu’à en être palpables. J’adore bâtir un univers différent à chacun de mes films, c’est pourquoi Gladiator est construit à partir des différents éléments ayant contribués à la splendeur et à la déchéance de l’Empire Romain. » explique Ridley Scott.
A partir de recherches scrupuleuses, des milliers de costumes sont dessinés et fabriqués pour l’occasion, avec un soin et un souci du détail absolument prodigieux. Même chose pour les armes : de la catapulte aux boucliers, en passant par les glaives ou les dagues, bien que parfois l’imagination des accessoiristes armuriers déborde sur l’histoire pour affubler l’un des légionnaires des armées de Scipion (dans la reconstitution de la bataille de Carthage) d’une l’arbalète à répétition. De leur côté, les décorateurs vont astucieusement utiliser les bâtiments de l’ancienne caserne comme support à la reconstitution de Rome. Les façades, relookées, matérialisent les rues de la cité et délimitent les différents plateaux de tournage, tout en donnant vie au « Forum » romain. Mais la pièce maîtresse, reste sans conteste, la construction d’une réplique au 1/3 du Colisée, juste dans le prolongement de l’avenue principale menant au palais Impérial, d’une hauteur de 20 mètres, représentant le premier étage de gradin.
Bien évidemment, si un tel agencement du plateau permet des prises de vues grands angles, sur des édifices clairement matérialisés, tout en apportant un soutient considérable au jeu des acteurs, c’est par l’infographie que s’explique l’habillage final de cette reconstitution. A titre d’exemple, dans les scènes se déroulant dans l’arène du Colisée, seuls les 25 % du bas sont des images réelles, le reste, décors et spectateurs sont ajoutés numériquement. La même technique de multiplication des habitants est utilisée lors des prises de vues aériennes montrant la population grouillante, dans les rues de Rome. « Grâce aux techniques de mise en scène traditionnelle, et à la technologie en matière de traitement de l’image et des effets spéciaux, nous avons la possibilité de donner l’impression d’être à Rome, en cet instant. C’est une occasion en or pour un film comme celui-ci. », explique Joachin Phoenix. Mais d’autres défis attendaient les techniciens et les spécialistes de la palette graphique, à commencer par le mouvements des tigres dans l’arène. Ces animaux étant incontrôlables et extrêmement fainéants, surtout pendant les prises de vues, le informaticiens durent trouver des astuces pour simuler les actions des félins aux cours des combats. Ne pouvant les récréer numériquements, ils utilisèrent, en plus des doublures animatroniques, des techniques de falsification digitale de leurs mouvements et des angles de prises de vues. Mais, une autre tâche allait finalement leur incomber. En effet, la mort de Oliver Reed, victime d’un arrêt du cœur pendant une crise d’éthylisme, à trois semaines de la fin du tournage, n’offrait que deux possibilités au réalisateur : faire disparaître prématurément Proximo, ou à l’instar de Brandon Lee dans « The Crow », lui permettre de terminer virtuellement le film. La deuxième solution ayant été finalement choisie, c’est le corps d’une doublure de l’acteur anglais qui habite certains plans du film, sur laquelle les infographistes greffèrent le visage, la voix et la gestuelle de Oliver Reed, dont ils ont scannés les scènes déjà tournées dans leurs ordinateurs.
Si l’impact narratif et visuel du film apparaît déjà saisissant, il ne faudrait pas en oublier l’importance, et le soin apporté, à la bande sonore qui transcende littéralement le rythme et la sauvagerie des combats, que ce soit dans la bataille, servant d’ouverture au récit, qu’au cours des affrontements des gladiateurs, dans l’arène.
Bien entendu, pour donner encore plus de crédibilité et de réalisme à son entreprise, Ridley Scott s’est informé auprès d’architectes, d’ethnologues et autres historiens pour transposer, le plus fidèlement possible, la vie de la population romaine et l’ambiance du Colisée et de ses coulisses, à l’écran. Une fois suffisamment maître de son sujet, il a pu s’adonner à son pêché (et le notre) favori, j’entends par là, adapter quelques détails pour y insérer sa touche personnelle, sans que cela ne nuise au sujet, pour mieux s’approprier le genre qu’il explore. C’est ainsi qu’il va assombrir boucliers, capes et cuirasses des membres de la garde prétorienne de Commode, accentuant ainsi le poids de leur présence et la crainte qu’elle inspire, et qu’il se joue des règles historiquement adoptées pour le combat dans l’arène. Nous sommes bien loin, en effet, du traditionnel combat entre rétiaire (trident et filet) et mirmillon (bouclier, glaive et casque). Mais qu’importe, Gladiator est avant tout une vision de Rome, où la garde prétorienne symbolise le bras armé du Mal, qu’incarne Commode, et les libertés prises dans les arènes ne sont qu’à l’image des folies et massacres, sans aucune justification sinon celle du spectacle, perpétrées, au fil du temps, dans leurs enceintes.
A cela, la partition de Hans Zimmer, véritable collaborateur à la création, vient finir d’affranchir la pellicule de Ridley Scott des contingences d’un genre auquel ils apportent une dimension d’opéra visuel d’une intelligence, d’un lyrisme et d’une sauvagerie rarement (oserai-je dire jamais) atteints.
En tout cas, pour son retour dans les sphères du cinéma ambitieux à grand spectacle, Ridley Scott fait carton plein. Loin d’officialisé sa déchéance, comme certains l’annonçaient, il concrétise, non seulement, son désir de diriger un Empire, sous le prétexte d’un « revival » qui, bien plus que de simplement le faire revivre, réconcilie le public avec le péplum, et rafle pas moins de 7 oscars tout à fait mérités.

oliver stone choisis le maroc pour le tournage d’"Alexandre"


Thomas Schühly, principal producteur du film "Alexander" (Alexandre le Grand) du réalisateur américain Oliver Stone a affirmé, au nom de toute l’équipe du film, avoir été "enchanté" de tourner au Maroc.
Dans un entretien publié vendredi par le journal "Aujourd’hui le Maroc", Thomas Schühly, dont la passion pour "Alexander" se double désormais de celle du Maroc, a souligné que plusieurs séquences importantes du film ont été tournées pendant six semaines."En somme, l’enchantement de ces semaines est tel que je suis persuadé que vous allez bientôt entendre parler du retour de bon nombre d’intervenants dans "Alexander" pour d’autres tournages au Maroc", a indiqué le producteur, annonçant que d’ores et déjà des acteurs très importants dans le film cherchent à acheter des maisons à Marrakech."Je dis bien acteurs importants mais je ne veux pas révéler leur identité pour respecter leur souhait de discrétion", a-t-il ajouté, notant également que le réalisateur du film, Oliver Stone, est "tombé amoureux des marocains et de leur pays".D’autre part, Thomas Schühly affirme avoir été "très agréablement surpris par la qualité des artisans marocains". "Nous étions à mille lieues de s’imaginer que les costumes et les décors fabriqués ici allaient nous gratifier d’un tel savoir-faire", a-t-il estimé."Tout s’est déroulé selon nos plans, nous n’avons pas perdu une seule heure", a précisé Thomas Schühly, notant que le temps a été clément et que "même les petites tempêtes de sable qui ont tourbilloné au dessus de nos têtes ont été providentielles"."Je peux d’emblée promettre aux spectateurs des effets de lumière fabuleux", a-t-il indiqué, ajoutant que le réalisateur du film, Oliver Stone "ne s’est pas plaint de ces tempêtes, bien au contraire il a immédiatement modifié ses plans de travail pour les exploiter cinématographiquement"."La couleur d’un ciel en colère ajoute un supplément d’émotion à la fougue des hommes pendant les scènes de bataille. C’est comme si la nature se mettait à l’unisson avec leur colère", a-t-il souligné.Des scènes extrêmement importantes ont été tournées durant ces six semaines dont les batailles, le très important épisode, filmé à Essaouira, de la rencontre du jeune Alexandre avec son cheval Bucéphale, la scène de son mariage tournée dans les montagnes de l’Atlas."En somme de très importantes séquences montrant la diversité des paysages du Maroc ont été tournées", a précisé le producteur, indiquant qu’en terme de semaines de tournages, "le Maroc se taille la part du lion".Concernant les dépenses du tournage, Thomas Schühly a assuré ne pas disposer du chiffre exact, estimant cependant que la prodution aurait dépensé au moins 25 millions de dollars au Maroc.Menara

Maroc-Algérie, La frontière de la discorde


Tout au long des 500 kilomètres de la frontière maroco-algérienne, des milliers de villageois vivent dans la confusion d’une frontière jamais tracée. Exemples de deux villages frontaliers : Boubker et Touissit.


Du fond du salon mal éclairé de sa modeste demeure à Touissit (sur la frontière algérienne, à 70 km d’Oujda), le Marocain Mohamed Mechmachi ne se lasse pas de raconter son histoire. Les traits durs et le verbe tranchant, avec cet accent franc et viril propre aux gens de l’Oriental. L’histoire d'une terre spoliée par
un "cousin algérien", cultivée en l’absence de son propriétaire marocain et, à ce jour, pas encore recupérée. Pour une énième fois, Mechmachi se lance dans un monologue qui semble n'avoir pas de fin. Le même servi à tous ses visiteurs depuis plusieurs jours déjà. Le vieil homme se répète, mais il n’en a cure."Il ne lui reste plus que les mots pour faire valoir ses droits", explique sa fille, une jeune diplômée en biologie au chômage (comme beaucoup dans cette region pauvre et aride du royaume). Visiblement touché par les mots de sa fille, Mohamed Mechmachi, les bras toujours croisés et les jambes pliées, retrouve sa verve pour ajouter : "Cette terre, je la vois tous les jours sans pouvoir m’en approcher depuis plus de 10 ans. Et maintenant, je découvre que d’autres l’ont cultivée. Chez nous, la terre, c’est comme l’honneur. Si je devais mourir, je le ferai pour ma terre ou pour mes enfants. Le sentiment d’impuissance et de hogra est insupportable".L’histoireLes faits remontent à quelques trois semaines maintenant. En ces derniers jours d’été, les Mechmachi voient s'écouler une nouvelle journée, morne et monotone, presque paisible, entre le marché, le café et la téléboutique de Touissit. Comme d’habitude, en milieu de matinée, des contrebadiers de passage s’arrêtent le temps d’une pause au village. "Les Algériens ont commencé à cultiver les terres sur 'l’hdada' (frontière). On a vu ça de nos propres yeux", répétaient-ils. Mechmachi tend l’oreille, et grâce aux indications pourtant imprécises des contrebandiers, arrive à localiser sa terre. "Je ne savais plus quoi faire. J’étais comme assommé, je ne voulais pas y croire", raconte-t-il. En bon citoyen, il se dirige d`abord vers le caïd. Réponse définitive et expéditive de ce dernier : "Les contrebandiers ne sont pas crédibles. Allez voir ça de vos propres yeux, on verra après". Que faire ? Ignorer la chose et continuer à couler des jours stupides, ou franchir le pas, aller à la rencontre de l’inconnu (algérien en l’occurrence), "s’aventurer là où même les soldats marocains du poste frontière refusent de nous accompagner ?".La deuxième option s’imposa d’elle-même. Le lendemain de bonne heure, Mohamed Mechmachi se fait accompagner par son père (80 ans). Direction, Ard L’mchamich (domaine des Mechmachi). Les deux contournent le poste frontière marocain et s’enfoncent tout près de la frontière algérienne, matérialisée en tout et pour tout par quelques amas de pierres blanches. Devant eux s’étend une terre fertile, des amandiers florissants, les châteaux d’eau se remplissent à nouveau, mais les branchements ont été détournés vers l’autre côté. Les deux hommes se taisent et regardent, impuissants et béats, leur propre terre, cultivée et exploitée par des étrangers. Sur le trajet du retour, Mechmachi père se fait surprendre par des soldats algériens alors qu’il empruntait un sentier en terre marocaine. Il est alors conduit dans la caserne algérienne la plus proche où il devait s’expliquer devant un lieutenant algérien.- "Que faisiez-vous en territoire algérien ?", demande ce dernier.- "J’étais sur ma terre que tes cousins (bni ammek) m’ont volée et qu'ils exploitent", raconte aujoud’hui, tout fier, le grand-père. Le lieutenant finit par convoquer l’agriculteur algérien responsable de "l’invasion". Après plusieurs heures d’explications, la propriété de la terre est reconnue au vieux Marocain et l’Algérien somme de se retirer dès… qu’il aura récupéré sa récolte. Mechmachi senior dévale seul la pente menant à son village, retrouve sa famille et n’est plus revenu voir le caïd "maintenant qu’il a vu de ses propres yeux, dit-il, que les Algériens avaient plus de courage à reconnaître la marocanité d’une terre que les officiels marocains".Militaires snipersL’histoire de Mechmachi est loin d’être exceptionnelle dans la région. À moins de deux kilomètres à la ronde, beaucoup disent avoir perdu leur bétail ou leur maison. Miloud Tirsi a perdu les deux. "Ma maison se trouve sur la colline là-bas (visible à l’œil nu, et se trouvant en terre marocaine). Dans le milieu des anné0es 90, des militaires algériens venaient souvent frapper ou fouiller chez moi. C’était du temps du terrorisme islamiste en Algérie. Mes plaintes auprès des autorités n’ont servi à rien. J’ai donc dû déménager. Figurez-vous que, durant plusieurs semaines, j`ai dû mettre les quelques têtes de bétail qui me restaient dans le salon de ma nouvelle maison au village". Miloud finira par vendre tout son bétail et n’a, à ce jour, toujours pas réussi sa reconversion vers le commerce.Dans le village, les militaires algériens ont une réputation confuse. D’un côté, ce sont de braves types qui défendent chaque centimètre de leur terre. De l’autre, des méchants snipers qui n’hésitent pas à tirer sur le premier contrebandier qui n’a pas "acheté sa route" au préalable. Et les Marocains ? Un grand bof. "Ils ne bougent que sur ordre de Rabat, et sont toujours sur la défensive. Ils ne veulent pas avoir de problèmes", répètent presque tous les habitants rencontrés."Le pire, explique cet observateur averti, originaire de la région, est que ces problèmes liés aux frontières concernent des villages sur plus de 500 km, de Saïdia à Figuig". Deux problèmes sont souvent à l’origine de ces "mini conflits". Le tracé des frontières et la passivité de l’armée marocaine. Commençons par ce dernier argument. À quelques kilomètres du village de Boubker (5 km de Touissit), se trouve un poste frontière marocain. Le décor : une guérite, une route barrée et quelques militaires palabrant autour d’un thé a la menthe. Le poste se trouve à plus de 4 kilomètres en retrait par rapport a la frontière. Et donc la zone où se trouve la terre de Mechmachi, la maison de Tirsi et beaucoup d’autres terres appartenant aux villageois. Les instructions ? Ne pas approcher la frontière, éviter tout contact avec les militaires algériens et dissuader les villageois de s’en approcher. "C’est une question de sécurité, explique un militaire sur place. Pire, dans certaines régions, l’armée marocaine a même reculé. Il y a quelques années de cela, les militaires marocains ont abandonné un poste frontière situe à 14 km de la frontière. Les Algériens l’ont immédiatement récupéré et ne l’ont plus quitté", témoigne un jeune soldat.La frontière qui partageCe qui nous ramène à l’autre bout du problème, la frontière dont nous parlons n’a en fait jamais été tracée sur le terrain. Elle avance et recule au rythme des mouvements de l’armée algérienne et des contrebandiers des deux bords. En tout, les militaires, tout comme les villageois, ont pour seuls repères jusqu’au jour d’aujourd`hui, des amandiers, des châteaux d’eau, des ruines de maisons ou de mines. Quelques amas de pierre sont ici et là dispersés, mais rien ne partage les terres des deux pays. D’où la confusion. En cas de conflit, les armées des deux pays font appel aux vieux des villages avoisinants pour départager des voisins fâchés. Car souvent, ils se trouvent être parents aussi. Chaque habitant de ces villages frontaliers a forcément de la famille en Algérie. Une mère, un cousin ou, le plus souvent, une belle famille."Soit, mais pourquoi est-ce que les Algériens cultivent leurs terres jusqu’à quelques mètres de la frontière, pourquoi est-ce que leurs soldats sont toujours là pour les protéger, alors que les nôtres refusent de nous accompagner pour préserver nos droits ? De quelle indépendance et de quelle souvraineté parlons-nous dans ce cas ?", rouspète un villageois.Sur le haut d’une colline surplombant les terres interdites de Douar Boubker et de Touissit, une réunion de crise est improvisée. En cultivant des terres marocaines, les Algériens ont franchi un pas. "De deux choses l’une. Soit l’État nous protège et nous laisse travailler nos terres, soit il nous dédommage en nous donnant une autre terre", commence par affirmer Mechmachi. "Pourquoi ne pas en demander 14 ?", ironise un vieil homme. "Tout ce qu’on demande, c’est un poste frontière à côté des terres. Toutes les mines de la région ont fermé, la contrebande est le seul commerce qui marche encore. De quoi voulez-vous qu’on vive si, en plus, on nous prive de nos terres ?", explique Miloud Tirsi.Il commence à faire nuit. Mohamed Mechmachi reste seul sur la colline, à regarder inlassablement la terre de ses ancêtres. Il s’accroupit et sort de sa poche de vieux papiers jaunis par le temps.- "Qu’est ce que c’est ?"- "Rien, juste les titres fonciers", me dit-il, sur un ton moqueur

Imposante marche des sahraouis à Laayoune


Plus de 20 mille citoyens ont participé, le 7 juillet 2005 mardi, à Laayoune à une imposante marche pour réclamer la libération des détenus et la levée du siège imposé aux séquestrés dans les camps de Tindouf, au sud de l'Algérie.

Au nombre des milliers de citoyens ayant participé à cette marche spontanée, qui a débuté vers 16h30 et qui s'est déroulée dans un climat de mobilisation générale empreint de ferveur patriotique, figuraient les élus, les Chioukhs des tribus sahraouies, les associations de la société civile, les organisations politiques et syndicales ainsi que des citoyens appartenant à différentes couches de la société.La marche au cours de laquelle le drapeau national et des portraits de SM le Roi étaient portés, par milliers, par les participants qui brandissaient également des banderoles réclamant la libération immédiate des détenus marocains et la levée du blocus imposé aux séquestrés des camps de Tindouf, a pris le départ de la place du Méchouar pour se diriger vers la place de la résistance, au centre ville, via l'avenue de la Mecque, l'une des plus grandes artères de la ville de Laayoune.Cette marche a été couronnée par la lecture d'un communiqué dans lequel les participants ont réclamé "la libération immédiate et inconditionnelle des détenus marocains à Tindouf", affirmant leur refus de "toute forme de marchandage aux dépens des souffrances des détenus marocains à Tindouf".Ils ont aussi dénoncé vivement "la vile exploitation des drames de nos proches détenus et séquestrés dans les camps de Lahmada à Tindouf, en violation flagrante des conventions et us internationaux en la matière".Les participants à la marche ont, en outre, souligné la nécessité pour la communauté internationale d'"assumer pleinement ses responsabilités en matière d'application des conventions et chartes internationales et ce, en exerçant des pressions dans le but d'obtenir la libération immédiate des détenus marocains et la levée du siège imposé à nos proches séquestrés dans les camps de Lahmada, en territoire algérien".Ils ont également dénoncé "la campagne de répression féroce qui vise nos concitoyens séquestrés par le +polisario+ à Tindouf" et demandé "l'ouverture d'une enquête internationale sur les graves violations dont ils sont victimes".Les participants ont réaffirmé leur constante et inconditionnelle mobilisation derrière SM le Roi Mohammed VI pour défendre les valeurs sacrées du Royaume et les constantes nationales et pour faire face à toutes les basses manoeuvres qui se trament contre l'intégrité territoriale du Maroc.L'avenue de la Mecque s'est transformée, en cette occasion, en un espace symbole de l'unité où se mêlaient drapeau national, ferveur patriotique et unioniste des populations qui entendaient, à travers cette marche, attirer l'attention sur les affres que vivent les détenus et les séquestrés sur le territoire algérien et à mettre à nu les pratiques des ennemis de l'intégrité territoriale du Maroc qui n'hésitent pas à marchander les souffrances de ces détenus et séquestrés.Les manifestants brandissaient des banderoles appelant à une intervention urgente pour mettre un terme au calvaire et aux souffrances qu'endurent les Marocains détenus dans les camps de Tindouf, sur le territoire algérien, et exhortant la communauté internationale à agir pour la libération immédiate des détenus marocains dans les geôles du "polisario" et la levée du blocus imposé aux séquestrés marocains dans les camps de Lahmada.Les manifestants ont exprimé leur rejet catégorique et condamné tout ce qui est de nature à porter atteinte aux valeurs sacrées du Royaume, tout en clamant haut et fort la marocanité du Sahara et leur indéfectible attachement à l'auguste personne de SM le Roi et leur mobilisation constante derrière le Souverain pour défendre l'intégrité territoriale du Royaume.Les participants à la marche, qui défilaient sur près de 1,5 Km, n'ont pas cessé tout au long du parcours de scander des slogans par lesquels ils exprimaient leur indéfectible attachement à SM le Roi et à la marocanité du Sahara.Nombre de manifestants ont affirmé, dans des déclarations à la MAP, leur fierté de participer à cette imposante marche qui illustre l'attachement du peuple marocain, de Tanger à Lagouira, à la marocanité du Sahara et sa détermination à défendre l'intégrité territoriale du Royaume et les valeurs sacrées de la Nation.Les participants ont souligné que cette grande marche traduit le patriotisme des fils du Sahara au sujet duquel les ennemis tentent d'induire en erreur l'opinion publique en véhiculant des mensonges et des allégations totalement infondées.Les participants ont également formé l'espoir de voir les médias se faire l'écho de cette nouvelle épopée unioniste qui s'est déroulée dans un climat empreint de responsabilité et de civisme dans la cité de Laâyoune, avec la participation de milliers de citoyens de différents âges et couches de la société

Le sahara est marocain, jusqua la fin des temps!


Le conflit du SAHARA existe depuis plus de 30 années, fabriqué de toute pièces par les ennemis de notre intégrité territoriale, qui visent à retarder, voir stopper l’avancée démocratique à laquelle le Royaume du Maroc adhère, cette attachement qui émane de la plus haute sphère de l’Etat à savoir S.M le Roi Mohammed VI ! Malheureusement, l’esprit patriotique est bouleversé par l’attitude peu réfléchie et non intelligente par rapport à la période que traverse le Maroc, de la part de certaines associations dites… CITOYENNE !! Arrêtons de vouloir avoir le monopole du SAHARA, il vaut beaucoup plus que cela. Du coup, nous continuerons à défendre notre intégrité territoriale que cela déplaise à certains cela n’est pas le problème puisque comme vous le savez sûrement, le Maroc a besoin de nous tous.Nous serons toujours là pour notre patrie, le Royaume du Maroc. Arrêtons de nous prendre la tête par des détails infantiles de la part de certains, nous devrions faire face aux différents défis qui nous attendent.
Vive la démocratie, CITOYENNE malgré tout.

le tabou et la détresse des mères célibataires


Au Maroc, Aïcha Chenna se bat pour lever le tabou des mères célibataires, parfois de très jeunes filles victimes de viols ou d’incestes. L’association "Solidarité féminine", qu’elle a créée en 1985, accueille et réinsère ces mères et leurs enfants, que la société condamne. Témoignage d’une femme sensible et courageuse.

" Solidarité féminine " est le fruit d’une révolte née dans les années 70. J’étais animatrice d’éducation sanitaire. Un jour, j’expliquais aux enfants d’un orphelinat que s’ils n’avaient pas de parents connus, ils devaient s’aimer comme frères et sœurs afin de donner l’amour dont tout enfant a besoin. Une fille de 15 ans m’a dit : " Vous parlez de donner de l’amour... mais comment vous voulez que je donne quelque chose que je n’ai pas reçu ? Je n’ai qu’un seul sentiment en moi, c’est la haine. Alors ne me demandez pas de donner l’impossible ". J’ai reçu cette réponse comme une gifle. A ce moment-là, j’allais devenir mère.
Cet hiver-là, en 1974, il a fait très froid. Les mères qui venaient accoucher pouvaient abandonner leur enfant, et venaient sans affaires pour lui : on l’enveloppait dans un foulard. Cet hiver-là, de nombreux bébés sont morts de froid faute de vêtements. J’ai interpellé l’Union nationale des femmes marocaines et l’Association marocaine de planning familial. Je leur ai dit : " Les croissants, on les protège pour qu’ils restent chauds, mais des enfants meurent de froid ! ".
Le déclic, je l’ai eu après mon accouchement, en 1981. J’étais dans le bureau des assistantes sociales. Une maman donnait le sein à un bébé. Elle venait de signer l’acte d’abandon. Quand la voiture de l’orphelinat arrive, d’un coup sec, elle tire sur son sein. Le lait se met à gicler et l’enfant à hurler... Je suis sortie en pleurant. Je suis rentrée chez moi retrouver mon bébé. Je lui ai donné le sein. J’ai pensé à l’autre, qui en avait été privé, et à sa mère. Je n’ai pas dormi de la nuit.

Je rencontre alors sœur Marie-Jean Teinturier, qui va m’aider. Cette année-là, je suis chargée de l’écoute des vagabonds, à Casablanca. Toute la misère du monde est devant moi... Pour la première fois, j’entends parler de l’inceste, du viol de petites filles, de la sodomie de petits garçons. Jamais je n’aurais imaginé que cela pouvait exister. Je vois aussi des mères célibataires qui n’ont pas eu le courage d’abandonner leur enfant, et qui, mises au ban de la société, se sont clochardisées. Je rencontre aussi des enfants échappés des orphelinats et qui sont dans la rue.
Et puis arrive dans mon service une adolescente de 14-15 ans, Fatiha, venue avec sa mère pour abandonner son bébé. Sa mère partie, Fatiha nous a dit : " Mon petit garçon, je veux le garder ; à cause de lui ; j’ai fait de la prison. Je ne veux pas l’abandonner ". Avec Marie-Jean et " Terre des hommes ", nous avons créé une crèche le matin, pour que Fatiha puisse travailler. C’est sur son lieu de travail qu’elle a rencontré son futur mari, qui a élevé son enfant. Fatiha a été la première mère célibataire que nous avons réinsérée.
Puis est venue l’idée de créer une association pour aider les mamans en difficulté : veuves, divorcées ou célibataires. " Solidarité féminine " est née en 1985. L’Union nationale des femmes marocaines nous a prêté un local pour créer un petit restaurant. Les femmes n’avaient aucune notion d’hygiène, de cuisine, d’alphabétisation, de vente, de calcul. Et nous n’avions que 2000 dirhams (200 euros) : de quoi acheter quelques assiettes et couverts. Nous servions à manger aux gens du quartier et les bénéfices étaient partagés entre les femmes. La presse s’est intéressée à notre histoire. Les premiers donateurs sont venus.

Au départ nous avions onze femmes, célibataires, mariées ou divorcées. Mais c’étaient les mères célibataires les plus exclues : elles devaient affronter la prison pour prostitution, et le problème de déclarer cet enfant sans père. Sans compter leur souffrance, rejetées de tous. Là commence mon combat contre l’emploi des petites bonnes, petites filles amenées des campagnes, dont la majorité se trouvent mères avant l’âge. C’est là que j’ai appris qu’on pouvait violer une petite fille de 6 ou 7 ans. Et j’en ai rencontré plus d’une. J’en ai parlé à un fonctionnaire haut placé, qui m’a dit : " S’il vous plaît, ne me sortez pas publiquement ce problème. Nous ne sommes pas préparés à l’affronter ". Mais j’ai continué à témoigner.
Il fallait parler des mères célibataires à toute la société puisque c’est de là que tout venait. La première des choses à faire est l’éducation sexuelle - que le Coran encourage. Il faut surtout responsabiliser les hommes. Une fille violée qui tombe enceinte doit pouvoir accuser son agresseur. Et une fille qui, après des promesses de mariage, cède et se trouve mère, doit pouvoir désigner le père de l’enfant. A ce jour, rien n’oblige le père à prendre ses responsabilités. Seule la femme est jugée fautive.