mardi 19 juin 2007

la prostitution dans le cinema marocain


Les yeux secs, film de Narjiss Nejjar

Après 25 années d’absence, Mina (Raouia) retrouve son village de Tizi dans l’arrière-pays berbère. A la suite de dieu sait quelle poussée d’ordre moral et de répression policière, elle avait été raflée, jetée en prison et oubliée. “C’était le temps où l’on nous apprenait à sauter des lignes et à tourner des pages”, commente la voix-off.Rien, ou presque, n’a changé dans les moeurs et les conditions de vie du hameau habité seulement par des femmes qui selon la tradition s’y livrent à la prostitution. La colline environnante est toujours ensanglantée du voile des vierges, les vieilles sont reléguées à l’abri des regards pour ne pas indisposer les consommateurs, les corvées de bois et de lessive occupent le quotidien en attendant les nuits de pleine lune où il faut se préparer à la saturnale.Seule vraie différence : la communauté est maintenant dirigée par Hala (Siham Assif), jeune Antigone à la farouche détermination en qui Mina a tout de suite reconnu sa fille abandonnée tout enfant. Elle garde néanmoins l’anonymat et se fait passer pour une visiteuse pleine de bonnes intentions. En compagnie d’un homme présenté comme son fils, elle voudrait aider à la reconversion des filles en leur apprenant le tissage pour leur assurer l’indépendance économique et ainsi les aider à s’émanciper de l’esclavage sexuel.En réalité Fahd est chauffeur de bus (Khalid Benchegra se tire assez bien d’un rôle à hauts risques). Il a beaucoup bourlingué et cette dernière étape dans son itinéraire chaotique réserve des surprises.Le film pourrait n’être qu’un réquisitoire implacable, aux accents féministes, contre la survivance de coutumes archaïques attestant de l’aliénation des femmes et de la nécessité qu’il y a pour les hommes à expier leurs fautes.La réalisatrice a fait en sorte, de façon parfois un peu insistante, parfois un peu confuse, qu’il n’en soit pas ainsi. Dans l’avenir de ces femmes, il n’y a pas que du rêve et de la poésie, il y a aussi de l’espoir.

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